A. Forestier

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ALEXIS FORESTIER


Après des études d’architecture Alexis Forestier participe en 1985 à la création d’un ensemble musical proche de la scène alternative, les endimanchés, groupe de percussions qui s’inspire à la fois de la musique industrielle bruitiste et de la chanson populaire. Après diverses expériences dans le prolongement de cette formation, il se passionne pour les mouvements d’avant-garde et la relation qu’ils entretiennent aux écritures scéniques ; cet intérêt accru pour des formes qui mêlent plusieurs pratiques artistiques le conduit à créer en 1993 la compagnie les endimanchés. Le premier spectacle, Cabaret Voltaire, est inspiré de l’émergence et des recherches du mouvement Dada à Zürich ; il s’agit d’une adaptation de La Fuite hors du temps – journal d’Hugo Ball (1913/1921). Ce premier travail oriente les recherches esthétiques de la compagnie qui reposeront sur la confrontation de composantes scéniques plurielles, sur des principes de superposition ou de simultanéité. Toutefois les travaux suivants se concentrent sur les écritures théâtrales retenues à la lisière d’œuvres poétiques comme celle de Henri Michaux dont il monte Chaînes (1994), puis Le Drame des constructeurs (1997), ou René Char dont il monte Claire (1995), puis Les Transparents et La fête des arbres et du chasseur (1997). En 1998, soucieuse d’interroger le processus de création, les modalités et les contingences qui le déterminent – dans une économie et une logique de fonctionnement limitées -, la compagnie propose le projet « Quatre Terrains préparatoires » qui voit le jour à Gare au Théâtre à Vitry-sur-Seine. Elle présente au cours de la même saison La Fabrique du Pré de Francis Ponge, L’importance d’être d’accord de Bertolt Brecht, dans une forme opératique réduite à sa plus petite dimension, et L’Idylle de Maurice Blanchot.

Alexis Forestier poursuit un travail sur les écritures poétiques et les formes fragmentaires, sur la question de leur transposition théâtrale et musicale.

Suivront les spectacles Une histoire vibrante, d’après les « Récits et fragments narratifs » de Franz Kafka, puis Fragments complets Woyzeck de Georg Büchner, où les univers sonores, construits sur le mode de la ritournelle, les mélodies répétitives et les motifs musicaux constituent un support à l’écoute du texte, conditionnent la scansion ou la ciselure de la parole.

Pour Faust ou la fête électrique de Gertrude Stein, il compose une musique destinée à être chantée par six comédiens-chanteurs et un soliste contre-ténor. Celle-ci, simple dans sa construction mélodique et harmonique, consiste en un travail sur la prosodie dans le souci de se tenir au plus près de l’écriture de Stein et des variations qu’elle propose.

En 2005, après avoir côtoyé la clinique de La Borde durant huit années en tant que stagiaire puis bénévole, il monte l’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht avec les patients et soignants de la clinique.

Les spectacles Sunday clothes (2005) et Inferno party (2006), puis Purgatory party (2008) occupent une place particulière (charnière) dans le cheminement de la compagnie. Ils s’appuient d’une part sur la mémoire musicale de celle-ci, et interrogent en l’intégrant la présence de musiciens sur le plateau. Cette recherche voit un immédiat prolongement dans le spectacle Elisaviéta Bam de Daniil Harms où les comédiens produisent eux-mêmes la matière sonore sur laquelle prend appui le texte. En 2008, Alexis Forestier rencontre André Robillard avec qui il monte le projet Tuer la misère. 2010 voit la création du projet Divine party, résultat de cinq années de travail, jalonnées par de nombreuses étapes intermédiaires.

Alexis Forestier développe aujourd’hui un travail théâtral qui intègre souvent la présence de musiciens sur scène, les projets s’apparentent à du Théâtre concert où des registres musicaux très différents se côtoient, s’entrechoquent et se répondent. Les compositions s’appuient toujours sur la présence originelle de textes et empruntent leur inspiration à la musique populaire (complainte, ritournelles, musiques traditionnelles d’Europe centrale et musique électrique rock ou post-industrielle…). Les motifs sont toujours étroitement liés à l’approche dramaturgique des textes. La musique savante est également présente sous la forme de courts extraits, parfois interprétés (lieders de Schubert, de Schumann et de Hans Eissler…)  ou encore sous la forme de citations (extraits diffusés).