YVES-NOËL GENOD

Motif_Formation

« JOUER DIEU »


Du 8 au 28 septembre [Pontempeyrat] – 135 heures
Stage conventionné AFDAS proposé par Yves-Noël Genod

Photo : Yves-Noël Genod

Photo : Yves-Noël Genod

PRÉSENTATION DE LA FORMATION

Public concerné : tout artiste de scène professionnel (deux ans d’ancienneté professionnelle)

Objectifs pédagogiques :

  • Envisager l’interprétation en tant qu’auteur ;
  • Envisager l’interprétation comme leçon de liberté ;
  • Envisager l’interprétation comme vivante (c’est-à-dire non comme un travail — d’ailleurs, ne dit-on pas : jeu —, mais comme l’expérimentation même) ;
  • Envisager l’interprétation comme mouvante perpétuellement ;
  • Envisager l’interprétation comme réaliste.

NOTE D’INTENTION

« Le théâtre n’est pas, pour moi, un spectacle ou une distraction. Il est plutôt la synecdoque de la communauté, une voie d’accès à la connaissance de la nature humaine, où les aspects les plus extrêmes de l’être humain sont rapportés et font l’objet de réflexions. » Ça, c’est de Romeo Castellucci.
Synecdoque : partie pour le tout. Pour ce quatrième et nouveau stage à l’Hostellerie de Pontempeyrat, dans le Forez, le corpus proposé — immensément vaste, mais pas restrictif — ce sont les rois monstrueux de Shakespeare qui jouent… à Dieu ! L’enchevêtrement de la Guerre des Deux-Roses — dont la généalogie fleuve est certes tout à fait accessoire par rapport aux passions de ces figures qui sont comme des paratonnerres dans l’orage, monologuant sur des champs de bataille, parlant à leur cheval, à la forêt, au paysage, comme derniers interlocuteurs… et surtout Richard II, « the mockery king of snow »… Il y aurait ça et la Bible, tout de la Bible, les sorcières, Job, Abraham, L’Ecclésiaste, Adam et Eve… Le corpus, ce serait la poésie épique, d’« action », de rapidité, de tac au tac. Et tout cela se ferait, rêvons-le, dans un « murmure », dans la communauté d’une absence : ce que la littérature moderne affirme comme sa puissance suprême : ne pas conclure, ne pas affirmer, mais « murmurer », comme le vent dans les feuilles, et, naissante, alors, possiblement, une formation démocratique plus rêvée et plus réelle à la fois.

Pour ce stage, je bénéficie de l’assistance de 2 intervenantes. Sara Rastegar qui a suivi le stage il y a 2 ans est devenue une cinéaste inouïe ; son film Mes souliers rouges, sur sa famille exilée d’Iran, m’a bouleversé. On peut voir L’Ami, son premier film, https://vimeo.com/85882161 code : LAMI.

Voici ce qu’elle me dit : « Le cinéma prend place précisément à l’endroit de la synchronicité auquel ton travail ne cesse de faire référence. Ce serait beau de filmer dans la nature comme si on se situait au bout du monde et qu’il nous restait 3 semaines pour tout raconter de nous-même, des images qui seraient comme la dernière image, des récits d’amour, des premières fois, des sensations de vie. Pour commencer, ça pourrait être de simples plans fixes. Les participants se placeraient devant la caméra quelque part entourés d’arbres et d’oiseaux et dans un dispositif brut (comme les plans noirs avec mes parents dans Mes souliers rouges). » L’idée, j’ajoute, n’est pas de filmer pour plus tard car « tout ce qui n’est pas immédiat est nul » (Emil Cioran). C’est-à-dire que le film se construirait absolument au jour le jour, en temps réel, qu’il faudrait inventer ce temps, jamais en avance ou en retard, sans déchets non recyclables. Imagination immédiate de l’écriture. Une aide précieuse — et inespérée, elle aussi — nous viendra d’Isabelle Barbéris. Isabelle Barbéris qui connaît très bien mon travail est actuellement maître de conférences en arts de la scène à l’université Paris Diderot et la directrice artistique du projet européen « Duermevela » (un cycle de modules performatifs inspiré du mythe des Sept Dormants d’Ephèse). Elle enseigne également à l’école de La Manufacture (Lausanne) et elle est l’auteur d’ouvrages sur le théâtre contemporain et sur la performance (le prochain portera sur la notion d’entracte…) .

Comme toujours dans un stage que je propose, il n’y aura rien à apprendre, rien à acquérir. Ça, c’est si important que l’AFDAS ne peut pas le comprendre. Tout le travail consiste à ne pas perdre cet absolu de l’inconnaissance qui se manifeste naturellement au moment presque inconscient de la rencontre ou même avant la rencontre, comme l’écrit Peter Handke : à L’Heure où nous ne savions rien l’un de l’autre. Ce que je propose (toujours) aux interprètes avec lesquels je travaille, c’est de faire ce qu’ils veulent. Ma seule exigence (mais elle est sévère) : le bonheur, la joie de travailler avec les autres, n’importe quels autres ou les autres choisis, comme mari et femme, frères et sœurs, amis multiples ou exclusifs. Car le thème du théâtre, l’unique thème, c’est l’amour, la liberté d’aimer, la vérité — d’aimer. Tout le reste : tristesse et déchet.

Le site de l’Hostellerie de Pontempeyrat est merveilleux. Nous vivons dans des caravanes, bien rangées sur un champ pentu. Tout le monde y couche avec tout le monde et avec ses rêves aussi.

C’est un lieu qui me fait toujours penser au retrait de William Shakespeare au moment de la peste à Londres, au moment où les théâtres ont fermé et où il s’est mis, à la campagne, chez un protecteur, à écrire de la poésie. C’est un lieu poétique. Mais, comme dans Le Décaméron, le livre de Boccace, c’est plutôt l’idée d’une troupe entière qui fuient la peste, 7 jeunes femmes et 3 hommes, est-il dit…

« Jouer Dieu », c’est l’intuition d’une unité sous les apparences. L’imagination, définie par Pierre Guyotat, est « la faculté de poser son regard et de rêver la chose, quasiment de rêver la chose qu’on voit, si vous voulez, de rêver, de s’appesantir, de penser, de penser en même temps qu’on voit la chose. C’est qqch qui est presque impensable aujourd’hui, disons qui est rendu difficile par la multiplication des supports, des informations…C’est pas une critique, c’est une constatation.»

La grande difficulté au théâtre, au cinéma, dans la danse aussi bien, ou le chant ou quoi que ce soit d’artistique, c’est la crédibilité : comment jouer une scène d’amour si on ne croit pas que les protagonistes ont une connaissance inconsciente l’un de l’autre ? Aucune chance. La « prière » pour que « ça fonctionne » n’aboutit que rarement ; le chef d’œuvre est rare et, le chef d’œuvre, ce n’est que ça : on y croit, on est ébloui d’y croire. Alors ne pas avoir peur, si possible, de venir en équipe, déjà rassemblés, à 2 ou à plus. Pas seul, tous ensemble, déjà rassemblés, c’est ça.

Voici comment je travaille (comment j’essaye). C’est un extrait d’un texte en cours de Frank Smith qui nous servira de vade-mecum (« viens avec moi ») : « — Mets en mouvement, mets en mouvement des blocs de sentiments qui ne soient plus à personne, lâche et perds et ne mène pas seul ta propre affaire, lâche et perds et fais filer les lignes en zigzag, cherche ce qui passe entre 2 choses, lâche et perds encore, ne trouve pas seul mais invente accompagné, accepte ce que l’on te donne même par hasard, pars toujours en adjacence, ne juxtapose pas, ne fais qu’esquisser, lâche et perds et jamais de réunion, ne fais pas de Châteaux en Espagne, ne te confie à personne je suis là. » Tout ce poème-prière-lettre à un jeune poète-troubadour-trouvère Par les villages sera aussi emporté dans la rivière, dans le cœur et dans la voix, dans la valise de mes lèvres à l’Hostellerie de Pontempeyrat. Nous voulons par vitesse changer l’eau en vin, le vin en venin et vice versa. C’est cela, « Jouer Dieu », le raccourci, le trou de ver, le vent dans l’univers…

Yves-Noël Genod

INFORMATIONS PRATIQUES
/
ledispariteur.blogspot.com
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Pour tout complément d’information lié aux tarifs et financements possibles, contactez Vanessa Rippe : v.rippe(at)hostellerie-pontempeyrat.com